Ce que vous trouverez dans cet article.

🟠 ÉDITO

« En avril ne te découvre pas d’un fil, en mai, fais ce qu’il te plaît. »

Franchement… qui n’a jamais eu envie de croire à ce sympathique dicton météorologique, quitte même à l’étendre à tous les domaines de notre vie ?

Après des mois à courir, gérer, absorber, tenir… cette petite phrase sonne comme une promesse, presque une revanche.

Et pourtant… eh non, ce n’est pas si simple.

Car ce qui nous « plaît » n’est pas toujours ce qui nous fait du bien… et encore moins ce qui nous construit.

Dans un monde où tout est fait pour capter notre attention, stimuler nos envies, accélérer nos réactions, au bout de 3 secondes, si ça ne me plaît pas… je scrolle.

Et nous sommes nombreux à vivre sur deux écrans à la fois : téléphone dans une main, série devant les yeux.

Alors non, mon propos n’est pas de vous dire « faites ce que vous voulez ».

Je vais plutôt vous inviter à quelque chose de bien plus exigeant :

Redevenir auteur de vos choix
  • Choisir ce qui vous engage.
  • Choisir ce qui vous nourrit.
  • Choisir ce qui vous met en mouvement… même quand ce n’est pas le plus facile.

Parce que le vrai plaisir — celui qui tient dans le temps — n’est pas celui qui évite l’effort.

C’est celui qui donne envie de continuer.

Bonne lecture, et au plaisir d’avoir votre avis 😊

Marie-Laure

🟠 LE SUJET
En mai, fais ce qu’il te plaît… vraiment ?

Bon. On va commencer par LE sujet : le travail.

Et difficile de mieux l’incarner que ce 1er mai, fête internationale des travailleurs, née de luttes pour la journée de huit heures, émaillées de violence et de morts — de l’affaire de Haymarket à Chicago en 1886 à la fusillade de Fourmies en 1891.

Vous mesurez l’ambiguïté ?

Un mois qui formule avec une légèreté presque indolente : « fais ce qu’il te plaît » et qui, dans le même mouvement, s’ouvre sur une mémoire collective faite de droits conquis et de limites posées.

Alors, je vous propose un chemin, étroit, oui, mais passionnant. Un chemin pour explorer ce fameux « plaisir », au cœur d’une époque qui le glorifie… tout en oubliant souvent sa fonction profonde.

Vous êtes prêt·e ? Ça pourrait bien vous surprendre.

Le plaisir rapide : une énergie qui consomme plus qu’elle ne construit

« Fais ce qu’il te plaît » : la formule sonne comme une libération, une permission attendue, presque un soupir collectif après des mois sous tension.

Et pourtant… si on regarde de près, elle peut devenir un piège redoutable.

Car tout ce qui nous plaît ne nous fait pas du bien. Et surtout, tout ce qui nous attire… ne nous nourrit pas.

Dans nos vies professionnelles comme personnelles, nous sommes devenus experts en plaisirs rapides :

  • répondre à une urgence plutôt que traiter le fond
  • cocher des tâches plutôt que faire avancer un sujet structurant
  • dire oui pour éviter une tension
  • se « récompenser » pour tenir… encore un peu

Ce sont des micro-plaisirs, des satisfactions immédiates, des décharges rapides.

Les neurosciences le confirment : ces mécanismes reposent largement sur des circuits dopaminergiques. Ils stimulent, activent, donnent envie de recommencer… mais ne garantissent ni satisfaction durable, ni alignement profond.

Résultat ? On agit beaucoup, on s’active énormément… mais quelque chose s’épuise.

C’est exactement là que l’entropie s’installe : une énergie dépensée sans que l’on sache vraiment où… et surtout sans véritable régénération.

Et dans le monde du travail, cette confusion est partout.

Une clé en neurosciences : ne pas confondre « envie » et « plaisir »

Ici, la prudence est délicieuse, car le plaisir n’est pas si simple.

Les recherches distinguent le wanting — l’envie, l’impulsion, la poursuite — du liking — le plaisir réellement ressenti.

Ce qui signifie que nous pouvons vouloir… sans aimer, et courir… sans être nourris.

La dopamine, souvent associée au plaisir, est en réalité surtout liée à l’anticipation et au désir.

Alors « faire ce qu’il te plaît » ouvre une question essentielle :

  • Est-ce que ce que je poursuis me plaît vraiment ?
  • Ou suis-je simplement happé·e par ce qui me stimule ?

Vous le savez, j’aime explorer différentes facettes d’un même sujet… alors, du côté de l’art, que dit-on du plaisir ?

On imagine souvent que créer, c’est « se faire plaisir ».

La réalité est tout autre [et un sacré artiste de ma tribu me l’a fait plus d’une fois expérimenté 🙂].

Des chanteurs aux peintres, des écrivains aux sculpteurs, en passant par les dessinateurs ou les musiciens, chaque œuvre est une traversée. Une mise à nu, un travail parfois lent, parfois exigeant voire douloureux.

L’exposition Corps vivants autour de Rodin et Michel-Ange le montre avec force.

Oui, vraiment, « comment rendre visible l’énergie intérieure du corps, sans un engagement total »… et qui n’est pas toujours si désirable !

Friedrich Nietzsche l’affirmait, nous voyons l’œuvre achevée, rarement le travail, la discipline et les renoncements qui l’ont rendue possible.

Le plaisir profond n’est pas confortable. Il est vivant !

Le regard philosophique : du plaisir… au sens

Chez Aristote, le bonheur ne repose pas sur l’accumulation de plaisirs, mais sur une activité juste, alignée avec ce qui nous accomplit profondément.

Dans la tradition grecque, le loisir — la scholè — n’est pas l’oisiveté, c’est l’espace nécessaire pour revenir à l’essentiel, à ce qui fait sens.

Mais c’est avec Viktor Frankl que cette réflexion prend une intensité particulière.

Rescapé des camps de concentration, il observe une vérité fondamentale : ce n’est pas l’absence de souffrance qui permet de tenir… c’est la présence du Sens.

Il renverse complètement la logique du plaisir.

Nous ne sommes pas faits pour chercher le plaisir, nous sommes faits pour répondre à ce que la vie attend de nous !

Et c’est là, précisément, que naît une forme de liberté intérieure :

  • La liberté de choisir son attitude
  • La responsabilité de donner une direction à son existence
  • Et la capacité de traverser l’épreuve… sans se perdre

Dans cette perspective, la formule « faire ce qu’il nous plaît » est absolument insuffisante, car la vraie question devient :

Qu’est-ce qui, aujourd’hui, mérite que je m’engage ?

Car lorsque le sens est là, il s’avère que l’effort devient soutenable, la contrainte traversable et, paradoxalement, une forme de joie profonde peut émerger… même dans l’adversité !

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